Publié le 17 décembre 2020 Mis à jour le 17 décembre 2020

Des chercheurs de l’ULB ont développé un test de dépistage rapide – comme ceux qui sont utilisés pour détecter une grossesse – en utilisant des nanoparticules d’argent au lieu de nanoparticules d’or. La méthode a été testée sur les anticorps de COVID-19. Les avantages des nanoparticules d’argent sont qu’elles permettent de réaliser des tests moins chers et plus sensibles que ceux réalisés avec des nanoparticules d’or.

Gilles Bruylants, chercheur au Centre de recherche en Ingénierie des NanoSystèmes Moléculaires (EMNS) – Ecole polytechnique de Bruxelles et Ivan Jabin du Laboratoire de Chimie organique (LCO) – Faculté des Sciences viennent de développer un nouveau test de dépistage visant à détecter les anticorps que les organismes produisent suite à une infection, comme c’est le cas pour les patients ayant été infectés par le coronavirus. La particularité de ce test est que les chercheurs ont utilisé des nanoparticules d’argent.

« Les nanoparticules d’argent sont dix fois plus efficaces que les nanoparticules d’or pour absorber la lumière. Par conséquent, on peut détecter une quantité plus faible de nanoparticules fonctionnalisées à l’aide d’un antigène viral (la protéine S du virus) et donc cela permet de détecter des quantités d’anticorps plus faibles. Grâce aux nanoparticules d’argent, on a besoin de 10 fois moins de particules, épargnant aussi les précieuses protéines virales utilisées pour les fonctionnaliser et leur permettre de détecter spécifiquement les anticorps dirigés contre le virus (ce sont elles qui réagissent à la présence d’anticorps). Avec une même quantité de nanoparticules virales, on peut alors fabriquer davantage de tests. Tout cela va avoir un impact positif sur le prix », explique Gilles Bruylants.

« Les nanoparticules d’argent sont très peu utilisées dans les applications de diagnostic médical à l’heure actuelle car elles sont beaucoup plus difficiles à stabiliser. Avec mon collègue Ivan Jabin, nous avons mis au point une fonctionnalisation de surface des nanoparticules basée sur l'utilisation de calix[4]arènes, ce qui permet de surmonter cet obstacle.  Nous avons un doctorant qui en a synthétisé il y a plus de deux ans et les nanoparticules sont toujours stables. C’est cette stratégie de synthèse et de stabilisation des nanoparticules d’argent qui a été brevetée en février dernier », précise Gilles Bruylants.

 « On cherchait une application pour expérimenter notre test et la crise sanitaire est arrivée. C'était évident pour nous que nous devions nous impliquer car nous avions le sentiment que notre technologie basée sur les nanoparticules d’argent pouvait améliorer les tests de diagnostic rapide pour la Covid-19 », explique Ivan Jabin.

G. Bruylants et I. Jabin ont alors monté une équipe de cinq chercheurs ULB (2 post-doctorants et 3 doctorants) et cette technologie a été testée avec des anticorps du nouveau coronavirus.  Les premiers tests sont très encourageants. « Sur les anticorps artificiels, nous avons de très bons résultats. En collaboration avec Sciensano, des études sont actuellement en cours en utilisant des échantillons de plasma de patients infectés », énonce Gilles Bruylants.

« Evidemment, ce qui est intéressant avec cette technologie c'est qu'elle pourrait être utilisée dans de nombreux autres tests de diagnostic rapide. Il suffit de mettre d’autres protéines à la surface des particules », énonce Ivan Jabin.

On l’a dit, cette technique représente un gain au niveau des coûts de production. « Et, on espère aussi un gain dans la capacité du test à détecter de faibles quantités d’anticorps. On ne comprend pas pourquoi certains patients produisent peu d’anticorps et d’autres beaucoup. Peut-être qu’on passe à côté de certaines personnes parce qu’elles développent un faible niveau d’anticorps. Ce test pourrait permettre de dépister ces personnes. Pour d’autres maladies, plus on peut descendre bas dans la détection, plus on peut avoir un dépistage précoce. Dans le cas de certaines maladies comme le cancer, quelques semaines de gagnées peuvent représenter un gain énorme pour le patient au niveau du traitement », conclut Gilles Bruylants.

Etant donné ces résultats très prometteurs, le développement industriel a été confié à X4C, une spin-off de l’ULB. 

Violaine Jadoul