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Benjamin Gigot, Ir civil, Ir commercial et Juriste : le 3 en 1 !

Publié le 8 décembre 2020 Mis à jour le 14 janvier 2021

McKinsey, American Express, AllianceBernstein, Caisse de Dépôt et placement du Québec... Benjamin Gigot, 45 ans, est un leader confirmé, depuis plus de 20 années, des sphères financières. Vice-Président chez Visa depuis mars 2019, il s’investit notamment dans les technologies de paiement prisées par les GAFA.

Il faut l’écouter, au saut du lit depuis San Francisco, vous narrer sa carrière. S’il n’a pas plusieurs têtes comme l'hydre, Benjamin Gigot, diplômé dans un même espace-temps Ingénieur civil, Ingénieur commercial et Juriste, a la sienne bien faite!

- Évoquons vos trois cursus… Tout a débuté à l’École. Dans quel contexte?

Benjamin Gigot Benjamin Gigot: «En 5e secondaire, l’environnement me pesait et je voulais opérer un changement pour vivre une expérience plus stimulante. Mon père m’a expliqué que, si j’étais reçu à l’examen d’entrée de Polytech, même sans le Certificat d’Enseignement Secondaire Supérieur, je pourrais obtenir une attestation d’aptitude à suivre l’enseignement universitaire. Cela me permettait de contourner une année de rhéto dont je ne voulais pas! Ensuite, avec un père Ingénieur civil, mais aussi un grand-père et un arrière-grand-père, la question de mon orientation n’était pas celle du choix des études, mais bien de savoir quel style d’études d’ingénieur j’allais entreprendre (sourire). Allais-je transcender la tradition familiale de l’Ingénieur des Mines? J’ai fini par emporter ce débat, arguant que le titre d’Ingénieur en Informatique était peut-être plus dans l’air du temps. Ce qui m’a marqué en 1e année de Polytech, en 1992, c’est la possibilité de crouler sous le contenu de matières à étudier, d’être exposé à plein d’idées, et également la coexistence avec tant de personnes d’une grande diversité sociale, d’intérêts et géographique au sein de la Belgique, partageant un même appétit pour les mathématiques, la curiosité scientifique et l’esprit d’entraide.»

- Quelle mouche vous pique pour vous lancer, parallèlement à la 2e année, dans des études à la SBS-EM et à la Faculté de Droit et de Criminologie?

B.G.: «À l’issue de cette 1e à l’École, réussie avec Grande Distinction, j’avais aussi des copains à Solvay qui ont éveillé mon intérêt... Je m’y suis donc lancé avec une 1e allégée, grâce aux dispenses. Cette 2e/1e s’est bien passée, j’étais même premier de ma promo à la SBS-EM. Un peu imbu de mon enthousiasme, j’ai écrit à son Doyen l’informant que je souhaitais passer ma 2e à Solvay dès septembre, pour en quelque sorte mettre mes études à niveau (sourire). Il m’a gentiment répondu: "Monsieur Gigot, cela ne se fait pas", s’agissant d’un grade scientifique et pas légal. J’étais assez frustré, j’avais l’été devant moi. Attiré par le Droit, un grade légal, j’ai compris que je pouvais y frapper à la porte et dire que, considérant mes deux autres cursus menés de front, je n’avais pas le temps de suivre les cours durant l’année, et que de ce fait je souhaitais être autorisé à passer mes examens en septembre. Le jury de la Communauté française a accepté! Je démarrais donc le Droit, ce qui était un peu exotique, beaucoup plus philosophique et historique. Avec trois cursus en place, les cinq années suivantes ont été un peu tordues, en étudiant de partout et de nulle part. Je devais être à tous les endroits où la présence est obligatoire et il y avait toujours un truc obligatoire quelque part! Pendant tout ce temps, généralement, l’après-midi, je me retrouvais en labo de Polytech, avec un paquet de gens plus relax qu’ailleurs, conscients que ces travaux pratiques allaient nous pousser dans toutes les directions, en œuvrant de manière très ouverte et collaborative. Ce que j’ai apprécié cela! J’ai connu une sacrée aventure, en vivant en profondeur beaucoup de choses très différentes.»

- En 1998, vous avez vos trois diplômes en poche. Vient la question d’emprunter une voie professionnelle...

B.G.: «Ce que c’était compliqué (rires)! Il y a une certaine asymétrie entre les métiers du Droit et les métiers techniques. Dans ces derniers, tout le monde utilise les mêmes matières de base où que vous soyez sur la planète. Tandis qu’en Droit, le cabinet de Bruxelles se penche majoritairement sur des questions belges et européennes. Les carrières sont profondément nationales. Les ingénieurs ne mesurent pas la chance qu’ils ont de maîtriser des matières "globales". J’en ai vu quelques-uns qui ont tenté de valoriser des parcours juridiques hors de leur berceau et qui ont dû affronter des règles corporatives byzantines les amenant parfois à conduire des taxis... J’ai donc choisi de mettre en avant ma casquette d’Ingénieur, car j’étais très attiré par la mobilité internationale. McKinsey Bruxelles a toujours été grand consommateur de gens multi-diplômés et j’y ai débuté, devenant "juriste télécoms", en plein boom des licences 3G et des fusions et acquisitions (M&A) en télécoms européennes. Bruxelles, Luxembourg, Pays-Bas, Angleterre... Jeune diplômé, j’ai connu deux années très intenses, aussitôt propulsé au cœur de dossiers souvent stratégiques pour des entreprises de grande taille. En 2000, il devient évident pour moi que la réalité des affaires est très internationale et étasunienne, que je dois me connecter à ces réseaux, et j’ai la chance d’être admis au MBA de Harvard. Surprise! Cela n’avait rien à voir avec les études au sens belge du terme. L’idée ici était d’appliquer ses acquis à travers 200 études de cas par an pour se créer un historique de prise de décision et se familiariser avec un paquet d’entreprises de toutes tailles pour lesquelles nous pourrions travailler. J’ai découvert en mode accéléré les bases du business américain, que je ne connaissais pas, car nous sommes un peu décalés culturellement. Cela m’a donné envie de poursuivre avec McKinsey, mais de le faire aux États-Unis.»

- Votre arrivée chez McKinsey New York, en 2002, marque-t-elle un profond changement dans votre carrière naissante?

B.G.: «Structure des projets, cadres d’analyse, décisions de haut niveau... La base était la même, mais au rythme new-yorkais! Il existait une terminologie particulière pour deux nuits passées d’affilée sans dormir, et certains rituels, comme pour certains partenaires qui ne se présentaient jamais deux fois avec la même compagne aux événements de la société... Le court-termisme était la règle: après deux ans chrono en main, les gens filaient ailleurs. L’ambiance était donc plus "transactionnelle" que relationnelle, guidée par l’urgence. Après mes deux années, je suis passé chez American Express, en 2004, alors que l’univers des paiements captait beaucoup l’attention. C’est une société très cosmopolite, en réinvention constante, où je me suis très bien senti avec des responsabilités de gestion financière. Puis, alors que j’allais y être promu Vice-Président, un fonds d’investissement m’a appelé. AllianceBernstein cherchait des profils financiers expérimentés capables de réflexion technologique et juridique. J’ai rejoint cette corporation de 40 analystes indépendants qui s’étaient en quelque sorte divisé l’économie mondiale. C’était une structure de culture Ingénieur, avec quasiment aucune hiérarchie, où chacun avait son domaine d’expertise, c’était fantastique. Mon parcours multiculturel et multidisciplinaire m’a servi intensément, jusqu’à les convaincre de faire de moi un Vice-Président. J’étais basé à Londres, l’occasion de me rapprocher de la Belgique, de prendre l’Eurostar un peu au hasard. J’ai vécu une belle période de reconnexion familiale et de retrouvailles amicales.»

- Pourquoi avoir retraversé l’Atlantique en 2013, pour rejoindre la Caisse de dépôt et placement du Québec à Montréal?

B.J.: «Un ancien collègue m’a attrapé pour m’expliquer qu’en matière d’investissement les fonds de pension étaient en mutation et que mon expérience de gestionnaire tombait à pic. Celui que j’ai rejoint avait 200 milliards sous gestion et j’ai pu constituer une équipe telle que je la rêvais, avec des profils très diversifiés sélectionnés partout à travers le monde. Mais après cinq ans et des changements politiques, mon regard s’est porté dans une autre direction. J’avais envie de me replonger dans l’univers scientifique et technologique. Je suis donc désormais basé à San Francisco, depuis 2019, où j’ai rejoint Visa pour vivre au rythme effréné des M&A et du développement des nouvelles technologies de paiement. Ceci m’a donné l’occasion de renouer avec un univers dans lequel mes parcours d’Ingénieur et de Juriste me sont d’un grand appui. Si je devais donner un conseil aux jeunes ingénieurs et étudiants de l’École, c’est qu’ils ne doivent en aucun cas sous-estimer leur capacité d’influencer des décisions importantes où que ce soit, même très loin de la Belgique.»

Hugues Henry